Marthe DEVIN 25/26

icones-martheicones-carnet

30 septembre 1918 :
Terrible canonnade. Bonnes dépêches. Ici, passage d’infortunés évacués du front (St-Juvin etc). La liste des 10 hommes de 17 à 48 ans est à la mairie. Les Allemands lèveraient, en cas de recul, et les emmèneraient.

2 novembre 1918 :
Aujourd’hui ordre d’évacuer la ville, séance du conseil et des notables à 8h, j’y assiste comme présidente de la Croix Rouge (Dames Françaises) et je suis nommée avec 7 messieurs pour porter au Commandant la réponse et résolution de la population de demeurer dans la ville, malgré le danger de « mourir sûrement » dont nous menace le général allemand. A 2h, 2e séance, dans le grand salon on assiste le Commandant allemand et l’aide de camp. Nous signons le protocole qu’il écrit pour le général en chef comme quoi malgré tout nous demeurons fidèles au poste. Notre attitude à tous, sans exception, a calmé l’opinion publique, et remis au calme la ville qui s’affolait déjà.

5 novembre 1918
Convocation à 2 heures (française) au cabinet du maire, avec les docteurs et infirmières principaux et Madame Halleux, présidente des Secours aux Blessés. Le maire nous avise que les Allemands ayant enlevé leurs blessés nous laissent 250 prisonniers civils malades. 50, de l’Asfeld, sont déjà transportés à l’hôpital civil, les 200 autres restent à la Citadelle où nous sommes priés d’organiser les soins.

11 novembre 1918 :
Il y a une sonnerie de clairon et j’entends crier dehors : L’armistice est signé !
Plus de canon, Plus de combats d’aéroplanes. Salut Oh! Silence et recueillement. Je ne puis dire rien de plus.

14 novembre 1918 :
J’ai mis dans la journée le vieux drapeau français, le même que papa et maman ont mis en 1873, derrière les derniers allemands regagnant la Prusse. Alors, Sedan était la ville infortunée, la ville déchue, la ville de la reddition. Aujourd’hui, l’honneur est revenu à ma vieille cité et … Sedan est le tombeau des Allemands.
On dit que Sedan est cité à l’ordre du jour pour la belle conduite de la population qui a refusé d’évacuer la ville malgré les menaces de mort. Charleville et Mézières ont beaucoup souffert. Mézières a été repris maison par maison.

DSC_00362wabit0693

N.D.L.R. : En photo le drapeau familial qui a traversé trois conflits en France (guerre de 1870 à Sedan, guerre de 1914-1918 à Sedan et guerre de 1939-1945 à Saint-Denis d’Oléron).

17 novembre 1918
Je rencontre Mr Frédéric Bacot (le maire), il est venu à Sedan dans la même voiture que Mr Charpentier, Jacquemin, et Ricoire (sous-principal du collège) . Il vient vivement à moi, il allait venir chez moi, dit-il, il a vu Mr Devin il y a 2 jours et m’apporte une lettre. Nous avons causé dans le cabinet du maire (avec Mr Grandpierre). Il m’affirme que tu vas bien, Paul, que tu ne portes plus béquilles et que tu as repris ton appareil. Et il ajoute que l’inflammation qui est survenue et a obligé cette douloureuse réamputation est venue d’excès de fatigue. Tu as rendu beaucoup de services, me dit-il, et sans jamais te plaindre …
J’ai ensuite dévoré ta chère lettre dans le secrétariat.

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire