Marthe DEVIN 23/26

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10 mai 1918
Ma chère petite maman.

J’espère que tu es toujours en bonne santé. Comme c’était les Rogations, les enfants de chœur avaient des soutanes violettes, mais un peu passées. Leur chef avait une barrette violette, cinq ou six en avaient des rouges tandis que les autres portaient la calotte car ils sont nombreux, ils sont dix.
Lundi, la procession a passé dans la rue du Port et puis a tourné dans les champs, près de la gare ; elle est revenue par la Boirie. Il y avait beaucoup de rosée dans l’herbe. Mardi nous avons passé au bout du grand jardin. Mais que le chemin était sale, pierreux, boueux et plein de bouse de vache ! Nous ne savions où marcher. Nous avons été derrière chez nous et dans la rue de Melle Hubert. Mercredi, on a été du côté de Monsieur de Baudry d’Asson. Puis on a tourné dans les champs près des moulins et on est revenu par la rue du port. C’était hier l’Ascension. J’ai été à la messe bien des fois de suite : dimanche, lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi car c’est le triduum à Jeanne d’Arc. J’irai peut-être encore demain et avec dimanche ça fera toute la semaine. Aussi j’ai bien prié pour toi. Pour me récompenser de ma sagesse, Élisabeth m’a fait un beau costume pour Bleuette. Il est fait en étoffe blanche et violette. Mais comme le morceau d’étoffe était trop petit, le volant, la ceinture, les manches, le col et la charlotte sont en étoffe rose garnie de dentelle. Ma poupée est vraiment magnifique. Je rapporte mon violon à la maison pour travailler quelques morceaux qu’Élisabeth m’accompagnera au piano quand papa sera là. Je sais déjà des fantaisies, des valses, des marches, une polonaise et autres choses encore. Cela lui fera plaisir. Nous avons remarqué l’autre jour une guêpe qui faisait son nid dans notre chambre. Le tour il fait comme avec du papier gris. Nous avons bien vu faire les alvéoles. C’était très intéressant. La petite ouvrière sortait par la fenêtre qu’on lui laissait ouverte, et elle revenait avec quelque chose pour faire son nid qui est de la grosseur d’une noix. L’extérieur est terminé mais elle travaille encore dedans. Ce matin, en m’habillant , j’ai entendu un petit bruit sec ; j’ai regardé par terre et j’ai vu une guêpe que j’avais écrasée en marchant. C’était la nôtre. Elle avait sans doute été blessée par des hirondelles qui étaient entrées dans notre chambre à plusieurs reprises. Nous ne décrocherons le nid que quand papa sera ici pour qu’il puisse le voir au plafond. Nous avons tous été très contents mais moi plus particulièrement de voir ta photographie en attendant de te voir pour de bon. J’espère que ce sera cette année. J’ai remarqué que tu avais le pied bien mignon dans tes gros sabots ! On porte les mêmes à Saint-Denis. Les palmiers sont fleuris. C’est énorme mais pas bien joli ; c’était plus beau en bouton. Nous avons du temps pluvieux qui fait pousser les haricots… Et les escargots ! Nous en avons ramassés un cent sur un pied de lys. Marie t’envoie son meilleur souvenir.
Je t’embrasse bien fort, de tout mon cœur.
Ta petite fille qui t’aime bien tendrement.
Jeanne

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