Marthe DEVIN 22/26

icones-elisabethicones-courriers

Saint-Denis d’Oléron,
Le 6 mai 1918.

Ma chère maman.

Nous sommes bien longtemps sans rien recevoir de toi, et j’espère que cela ne tardera pas. Je pense que ta santé est toujours bonne. On parle de renvoyer les otages, et j’espère que tu nous reviendras. J’aurais trop de peine si tu retournais au chalet. Ce matin, nous avons été à la procession des Rogations, qui aura lieu également demain et après. Cette promenade dans les champs est très agréable. J’ai en ce moment une petite pensionnaire dans ma chambre. Une guêpe est entrée il y a 2 ou 3 jours par la fenêtre qui est ouverte toute la journée, et s’est installée dans un coin, au plafond, près de la porte du petit cabinet, pour y construire son nid. Je voulais d’abord la tuer, car je déteste les guêpes depuis l’aventure de la petite chèvre. Tu t’en souviens ? Mais j’ai été très intéressée par son manège. Cela fait une sorte de calotte hémisphérique de la grosseur d’une noix, et qui contient actuellement 8 cellules. J’ai fait remarquer à Jeanne leur forme hexagonale, et j’en ai profité pour lui faire un peu d’histoire naturelle sur la guêpe. Elle était aussi intriguée par la matière du nid, qui semble fait en papier gris. Notre locataire entre et sort à sa guise. Le matin, si la fenêtre est encore fermée, elle frappe aux carreaux pour qu’on lui ouvre. C’est vraiment intéressant. Tu sais, je n’ai pas perdu le goût des bêtes, et Jeanne en a hérité ! Nous avons élevé beaucoup de chenilles, et nous avons obtenu ainsi des papillons plus jolis, et même quelques uns que nous n’avions jamais vus. Nous avons eu des grands paons. Ce sont des bêtes fort curieuses. Nous avons même ramassé de jolis petits bousiers. Notre collection de coquillages s’est considérablement augmentée, et chaque espèce porte une étiquette avec son nom. Tous les ans, pour le 30 mai, nous portons à l’église une gerbe de bleuets, de marguerites et de coquelicots. Nous aimons la botanique, et Jeanne est avide de s’instruire. Aussi elle fait de grands progrès, et je suis très contente d’elle.
Papa Devin et maman Clara me chargent de t’embrasser, comme je le fais pour moi, de tout mon cœur.
Ta fille qui t’aime bien.
Élisabeth

icones-martheicones-courriers

Holzminden le 9 mai 1918
Mon cher Paul
Je ne sais en quelle saison nous sommes, tant il fait chaud déjà, je crains que tu ne te fais pas de bile pour ma santé. Je soigne le régime et cela va bien, je crois bien que la pensée de nous retrouver est mon meilleur remède, et que celle de l’inévitable séparation après un bonheur de te lire, a été un peu cause de cette fatigue. Je vis avec vous, tendresse à tous et bon courage.
Marthe

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire