Marthe DEVIN 9/26

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29 septembre 1917 :
Hier soir, à 7h une carte a été apportée d’Ernest Delaitre . Voilà mon cœur qui se remet à battre en y songeant. Il me dit positivement : vous ferez comme le demande l’oncle Paul, vous vous ferez remplacer et vous reviendrez en France où l’on sera si heureux de vous revoir etc …
Moi je n’ai pas l’ombre d’une hésitation. Jamais je ne déserterai le poste. Je ne peux croire que Paul ait songé de lui-même à me le proposer. Il a cédé à d’autres influences, et, au fond, il est persuadé que je ne céderai pas … Lui qui est si brave, si épris du devoir, si patriote …
Je vaincrai, ou je mourrai, mais tu seras fier de ta femme, et j’aurai un patrimoine de bon exemple, de dévouement et de vertu bien simple à laisser à mes enfants. Je ferai mon devoir.

3 octobre 1917 :
Hier 2 octobre, a eu lieu la rentrée des collèges par un beau soleil. Petit changement : Les filles font cours le matin et les garçons l’après midi.
Mr le principal a redemandé et obtenu la liberté des élèves qui travaillent pour les allemands. On a permis seulement l’après midi. Mais aucun n’a encore été libéré, et on attend.

9 octobre 1917 :
Orage aujourd’hui.
On a enlevé, cassé, les cloches du Temple et démoli et emporté entièrement l’orgue, oui, l’orgue.

20 octobre 1917 :
La femme de chambre de Mme Guibert a été assassinée par un prisonnier civil (avec un poignard).

26 octobre 1917 :
L’étude des journaux allemands, cette semaine m’apporte joie, en voyant la brillante attaque et l’avancée de nos chères troupes vers Soissons, au trop fameux « Chemin des Dames ».
On dit ici que l’on commence l’évacuation des villages des environs de Cargnan, ceci s’accorde avec le « recul stratégique » de 14 km. Nous devenons « front » petit à petit.

1er novembre 1917 :
Je suis allée au cimetière à 1h1/2. J’ai porté un humble petit bouquet des derniers aster de notre jardin, sur la tombe de famille, bien ratissée et arrangée. J’ai déposé mes fleurs en pensant à maman et aux absents.
De là je suis allée prier auprès des tombes de nos soldats français.
Sur ma demande, Mme Dudot a placé les deux couronnes de feuillage sur la croix de bois de la tombe du centre de chaque groupe le ruban violet surmonté de la Croix rouge a été déposé selon mon désir.
En dehors du cimetière plusieurs centaines de croix de bois marquent les tombes des infortunés russes et roumains ! …
Et les émigrés du nord, de la Champagne etc … que de croix, que d’homicides ! Les étrangers, les allemands, n’en couvrent pas moins un immense terrain. Oui, c’est leur tombeau.

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