Marthe DEVIN 7/26

icones-martheicones-carnet

 

 

21 mars 1917 :
Bonnes nouvelles de la guerre.
Dimanche la « Frankfürt » donne les communiqués français.
Bapaume, Peronne, Noyons, Roye sont français et 300 villages environ. L’ennemi brûle tout en se retirant après enlèvement des objets d’art. 800 habitants de Roye que l’ennemi n’a pas eu le temps d’évacuer ont fait aux Français ovation indescriptible. Ah ! je les comprends !
Comme représailles, des avions ont été bombardés Francfort. Un zeppelin (et 28 ou 29 hommes) a voulu aller bombarder les monuments de Paris, on a tiré dessus à 3 500 m il a pris feu et s’est abattu près de Paris.
A l’hospice, j’ai un nouvel ami, un vieillard de 80 ans, de Lavanne près de Witry les Reims, un émigré aussi, dont la femme est morte à l’hôpital. Il a un fils à la guerre dont il n’a jamais eu de nouvelles. Un bon cultivateur, possesseur d’un bien d’une douzaine d’hectares, bien à l’aise, raisonnant juste ; et totalement ruiné, et … ayant perdu la liberté ce qui est plus cruel que tout, et sa compagne qu’il a tant pleurée que ses yeux ne voient plus. J’ai des larmes pour ce que je vois dans le douloureux asile. Des jeunes gens y sont amenés, « fous ». C’est à dire que la trop grande fatigue et les privations donnent de l’anémie cérébrale. La morphine avec laquelle on les pique, avant de les amener doit être très forte, car, souvent ils meurent sans avoir desserré les dents. Il y a eu 2 belges de 16 à 17 ans dans ces conditions. 11 roumains sont morts en 8 jours. Il y a plus de 100 russes au cimetière. Des prisonniers aux travaux … libérés ainsi.

26 mars 1917 :
Les Français ont repris 2 forts à la Fère, les allemands ont dû reculer encore, pas volontairement par recul « stratégique », car ce fut pris par les armes. L’inondation de la Fère en lâchant les écluses du canal de l’Oise n’a donc rien retardé, et les nôtres seraient déjà à 10 kilomètres après Bapaume, malgré les maisons minées, les puits empoisonnés et les fils et embûches laissés.

15 mai 1917 :
J’ai encore appris des abominations allemandes. Les traitements subis par les émigrés qu’ils évacuent des villes et des villages sont odieux. Jamais je n’aurais cru possible la réédition de ces actes qui ont flétri jadis les barbares envahisseurs. La mortalité est très grande. Je me souviens encore des évacués de St-Quentin arrivés pendant la neige, il y a quelques temps laissés dehors une nuit entière, et au matin, 17 ont succombé suite du froid, de la faim et de la fatigue. Hier il est passé une vingtaine de charrettes de bagages, venant de Saint-Edme près Laon, les hommes marchant à côté, les femmes et enfants, sur les bagages. Il y avait une femme bien mise affalée quasi inconsciente, par cette chaleur torride si brusquement venue. Ils allaient vers la caserne.

16 mai 1917 :
L’après-midi, je me rendis à l’hospice avec des chaussettes et 1 gilet de coton. Depuis ma dernière visite à Sœur Marie Louise, 5 ou 6 sont morts dans sa salle (il y a couramment de 3 à 5 enterrements quotidiens). Elle m’a conduite chez sœur Lucie qui réclamait justement des chaussettes : on lui a amené hier 1 civil (sans vêtements, enveloppé d’un manteau) qui m’a conté ses misères…

17 mai 1917 :
Je me suis rendue à la commandature dans la matinée. Or, je te le donne en cent, Paul, pour trouver le motif de ma convocation. C’est le secrétaire qui m’a reçue « Ah ! c’est vous la propriétaire du château de la Moncelle. C’est pour une complaisance. Un officier demande les billes du billard. » J’ai failli lui rire au nez. Je m’apprêtais à une réquisition de mobilier, mais pas à ça. Non ! Me déranger pour … me demander des billes de billard ! quand indiquer le motif sur le billet était si simple. J’ai répondu que je les enverrais le lendemain.

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire