Marthe DEVIN 6/26

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14 août 1916 :
Ce soir j’ai confectionné une crème au riz et au chocolat, pour 14 enfants de l’hospice qui font demain leur 1ère communion. Canderlier la leur portera avec des petits beurres pour le pain bénit.

21 septembre 1916 :
Aujourd’hui la ville est retournée par la pose d’une affiche jaune ordonnant à tout homme de 16 à 52 ans, et à toute femme de 16 à 45 ans d’aller se faire inscrire à la mairie, afin que la commandature sache exactement la profession de chacun.
Il y a 6 bureaux, 3 pour les femmes. Le 1er pour celles qui travaillent pour les allemands, le 2e pour celles qui travaillent pour le civil, le 3e pour celles qui n’ont pas de profession.
Comme les allemands envoient au front tout ce qui est disponible, ils réquisitionnent les femmes et les civils pour remplacer les soldats. Il faut 300 femmes également pour lundi, faire des gros travaux aux ouvroirs.

12 décembre 1916 :
J’ai reçu ma feuille pour me faire photographier.
« N° 2076
M. Devin née Pingard 16 pl. Nassau.
Par ordre de la commandature, vous êtes tenu(e) de vous présenter … prochain le 12 dec. 1916 à 1 heure (temps allemand)
Place Turenne 4
pour être photographiée pour les cartes d’identités. Les autorités allemandes chez lesquelles vous travaillez peut-être sont prévenues que vous devez vous absenter pour être photographiée.
Chaque cas d’absence sans excuse par écrit d’avance sera sévèrement puni par la commandature.
Vous êtes tenu de suivre strictement les ordres des autorités allemandes et françaises qui s’y trouvent.
Se munir de la présente. Sedan le … décembre 1916. »
J’ai déjeuné et je suis allée à 11h (midi allemand) prendre connaissance du cher questionnaire, et donner ma réponse. Puis je suis allée chez le photographe.
J’arriva 5 minutes avant midi (1h allemand) on appela, presque aussitôt : « 2071 – Deville Berthe, 4 Deville en tout, puis 2075 -, Mme Devin Rombuisson, ma homonyme, et … 2076. Je passerai à la première série. Installation dans le Jardin du bois, sur la Meuse, un banc pour 3 personnes assises, avec une barre à hauteur de la taille, et une toile verte masquant le bas du corps. Sur cet accoudoir (où l’on recommande de ne pas poser les mains) est un numéro qui sera reproduit sur la carte d’identité.
Derrière, trois personnes debout sur trois strapontins, avec le même rideau de serge verte porté par la barre aux numéros. Je suis montée sur le strapontin, comme 6e.

19 décembre 1916 :
J’ai eu la visite du soldat boche à qui j’ai donné les premiers soins, après sa chute de bicyclette, devant notre porte. Il a paru très reconnaissant, il m’a serré chaleureusement la main avant d’aller au front « samedi ». Il aimerait mieux rentrer chez lui.

25 décembre 1916 :
J’ai des appréhensions ; les derniers jours on a emprisonné nombre de personnes pour recel de contrebande, qu’il fait bon vivre en dehors de tout cela ! Toutes les bêtes, volatiles et autres sont saisis – c’est la dernière affiche.

13 janvier 1917 :
A 2 heures les commissaires des Jardins Ouvriers sont venus. Mr Philippoteau également. Nous ne ferons pas de réunion générale cette année. Les règlements allemands s’y opposent.

18 mars 1917 :
Bonne nouvelle ! Ce soir une dépêche excellente. Elle a dû coûter à poser aux allemands. Bapaume, Roi, Noyons sont repris. Les allemands disent qu’ils se retirent en détruisant tout derrière eux. Je me souviens d’une précédente explication très « réussie ». Les anglais mettent beaucoup de temps pour établir solidement leurs gros canons. Alors en reculent par intérêt stratégique ce qui dérange beaucoup les anglais obligés de démonter leurs pièces et de recommencer leurs travaux plus en avant …

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