Marthe DEVIN 14/26

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Holzminden, 19 février 1918
Je ne sais, ma chère Élisabeth, si tu as déjà reçu de mes nouvelles depuis que j’ai été prise comme otage. J’ai écrit tous les cinq jours depuis le 20 janvier et avant cela 6 lettres. Il me tarde de recevoir tes lettres et celles de Jeanne. Je ne puis guère que vous envoyez à toutes deux mes tendres baisers, en vous chargeant d’embrasser bien fort papa, maman Ninie, grands-parents, et tous, et vous dire que j’ai santé, courage et foie toujours.
Pour Jeanne ma prochaine carte. Ta maman qui t’aime.
Marthe

icones-elisabethicones-courriersSaint-Denis d’Oléron,
Le 18 février 1918
Ma chère maman.

Je viens de recevoir ta lettre du 12 janvier qui nous a fait d’autant plus de plaisir, à Jeanne et à moi, qu’elle nous était adressée. C’est une consolation à la peine que j’ai de te savoir là-bas. Je t’ai écrit dès que j’ai su ton arrivée en Allemagne, et j’espère que ma lettre t’est parvenue, en t’apportant toute ma tendresse. Je me souviens qu’au baptême de Jeanne, j’ai signé sur le registre comme « petite marraine et petite maman », me disais-tu. J’espère que j’aurai bien rempli mon rôle. Je fais tous mes efforts pour te rendre une petite fille instruite et bien élevée. Je crois que cela t’intéresserait d’avoir quelques détails sur notre vie dans ce « pays merveilleux » comme tu l’appelles. Certes, l’île est agréable, mais l’hiver il y souffle un vent dont on ne peut se faire une idée chez nous. Malgré cela, je m’y plais beaucoup. Notre santé à tous est excellente et j’ai été bien heureuse d’apprendre que la tienne s’était maintenue. J’aime beaucoup la pêche et de mai à septembre j’y vais le plus souvent possible. Cela plait aussi énormément à Jeanne. Je suis de cuisine 2 fois par semaine, le lundi et le mercredi. Les autres jours je ne suis pas libre. Je m’occupe seule de l’approvisionnement de la maison sauf pour la boucherie où maman Clara m’accompagne et m’apprend à connaître les morceaux. Je suis toujours chargée de la comptabilité que tu m’as confiée avant de partir. Nous n’avons pas remplacé Marcelle et nous nous en passons très bien. Maman Ninie a l’entretien du linge de maison et s’en acquitte à merveille. Je lui dis souvent qu’elle coud plus fin que moi ! Tu vois que ses yeux vont beaucoup mieux. Elle voit distinctement des bateaux qui passent à une grande distance et ramasse les petits coquillages. J’ai de l’ouvrage à raccommoder les bas. Jeanne s’entend à les trouer … et moi aussi ! Moi qui n’aime pas beaucoup les reprises et l’arithmétique, je suis servie à souhait mais je m’en tire bien. Te souviens tu d’un corsage à grands carreaux que tu m’avais donné ? J’en ai relevé le patron, et, sous la direction de maman Ninie pour la coupe, je me suis fait un corsage beige. C’est papa qui m’a choisi l’étoffe. C’est une forme toute simple, celle que je préfère : col montant, 10 plis devant et 6 derrière. Il n’est pas parfait, mais j’en suis satisfaite et c’est le principal. J’éprouve un grand plaisir quand j’ai pu réussir quelque chose. Je te donnerai encore d’autres détails dans ma prochaine lettre, car il faut que je laisse une petite place à Jeanne. Maria et Isabelle allaient-elles toujours chez toi ? Et Pierre, sa femme et sa fille ? Je croyais mon pauvre vieux Pitou mort depuis longtemps. J’ai pensé aussi souvent à mon cher Collège et à mes professeurs. Je les ai bien regrettés. Je prie Dieu pour que tu ne souffres pas trop, et que nous nous retrouvions bientôt. Je te quitte, maman chérie, en t’embrassant de tout mon cœur.
Elisabeth

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Ma chère petite maman.
Je suis bien contente que tu m’aies écrit et je t’en remercie. Mon institutrice, la chère sœur Madeleine est très gentille. Je reçois la semaine de Suzette à laquelle maman Clara m’a abonnée en récompense de ma sagesse. C’est très intéressant. J’ai gagné à un concours un beau petit coffret en laque. J’ai terminé le feston jaune d’un milieu de table qu’Élisabeth avait commencé. On me fait espérer que bientôt j’aurai le plaisir de t’embrasser et je te dédommagerai de toutes tes peines en t’aimant de tout mon cœur.
Ta petite fille qui t’aime bien tendrement.
Jeanne

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