Marthe DEVIN 13/26

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Holzminden 24 janvier 1918
Mon cher Paul,
J’espère que mes lettres du 12 et du 19 te sont parvenues avec l’imprimé réglementaire.
J’ai été très fatiguée du départ. Il n’y paraît plus et je suis surprise de n’avoir pas même de courbatures au régime des lits superposés.
Étage supérieur entre Bechet et Cousin, Alice Poussignon sous moi avec Marie Husson. Le tout-Sedan s’entraide. Les otages en villégiature, quoique soumis à une discipline ordinaire n’ont pas de crainte pour la santé. Écrivez moi tous.
J’écrirai à Saint-Denis le 30.
Dieu m’a demandé depuis 3 ans et demi un terrible sacrifice en me séparant de vous et de mes chéries, surtout de toi.
Tendres baisers pour toi et pour Elisabeth, Jeanne, mère, et parents, Claire, tous.
Marthe

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Saint-Denis d’Oléron,
Le 9 février 1918

Ma chère maman.

Enfin je peux t’écrire, te dire combien je t’aime et je pense à toi ! Depuis que nous sommes séparés, comme je me rends bien compte de la douceur de la vie de famille. Maman chérie, je ne peux t’exprimer toute ma tendresse, toute mon affection. J’aurais bien désiré le faire dans d’autres conditions. C’est encore une grande épreuve que Dieu nous envoie. Il faut la supporter avec courage et résignation. Avec votre exemple à tous deux sous les yeux, je n’ai pas le droit de montrer de faiblesse. Je veux être digne de vous. J’espère que bientôt viendront des jours meilleurs, et je prie Dieu de te protéger. Notre santé à tous est excellente. Jeanne a beaucoup changé. Ce n’est plus le petit bébé que tu nous as laissé, mais une grande fille de 10 ans, déjà raisonnable. Je lui laisse un peu de place à la fin de ma lettre. Je t’envoie une petite fleur de France, une violette, la première du jardin. Elle sera bien fanée quand tu la recevras, si toutefois elle ne s’est pas détachée en route. Mais elle te parlera de nous, et t’apportera notre pensée et nos baisers. J’espère recevoir encore de tes nouvelles, et je t’embrasse tendrement, avec tout mon cœur.
Ta fille dévouée.
Élisabeth
Maman Clara écrira bientôt. En attendant, elle et papa Devin t’embrasse.

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Ma chère maman.

J’ai appris que tu es en Allemagne et j’en suis bien triste. Quand tu m’as quittée je ne savais ni lire ni écrire ; aussi ces quelques mots seront les premiers que je t’enverrai. Je joue déjà bien du violon et quelquefois papa m’accompagne au piano. Maintenant je vais au grand catéchisme. J’ai toujours mon bon point et je suis et serai toujours la première. Je prie tous les jours le bon Dieu pour toi. Je t’embrasse de tout mon cœur.Ta petite fille qui t’aime.
Jeanne

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