Marthe DEVIN 11/26

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Sedan le 12 janvier 1918
Mon cher Paul
Tu vas partager, en recevant une vraie lettre la joie immense que j’éprouve en l’envoyant. Comment vas-tu ? Dis-moi bien vite que tu es guéri et alerte. J’ai été si peinée de ne pouvoir être à tes côtés lorsque tu as été souffrant. J’ai marqué encore cette année le 12 août (je veux dire janvier) la pensée que tu vas recevoir ce mot de moi me trouble car c’est déjà le 12 Janvier que j’ai appris la nouvelle de ta blessure. J’emporte avec moi la photographie du 27 Août dernier que je reçus avec tant de joie. Écoute mon âme s’en va vers toi et vers vous et te dire, même par écriture, me cause la plus grande émotion. Je me sers même de ton petit encrier de poche. C’est à une singulière circonstance que je dois ce doux moment. J’ai l’honneur d’être désignée au nombre des 12 dames otages selon la formule transmise, et prisonnière, suivant l’avis verbal qui vient de nous être donné.
Profite bien vite pour m’écrire au camp d’ Holzminden, où nous allons. Je ne t’envoie pas beaucoup de détails sur notre ville, qui est sous la neige ; la famille va bien et je te ferai plaisir en te disant que je suis en bonne santé ; les soucis ne m’ont pas plus abattue que toi ; je trouve la force chaque jour en pensant à la grande joie après la longue épreuve. Il me manquait au commencement !
Je suis en compagnie d’Alice Bechet et de Marie Husson et de Mme Cousin. Tante Claire et Marie ont toute mon affection et je les ai enviées pourtant de leur place privilégiée auprès de toi. Je n’ai pas voulu t’envoyer d’émigrés car je suis toujours comme tu m’aimes et point dégénérée du tout. Je vais vite envoyer un billet à ma chère maman. Oh! Mon Dieu! Je radote ; je ne mets pas deux idées de suite, d’ailleurs c’est difficile, au milieu du bruit des conversations dans le “hall” de la rue Pasteur, où nous attendons le départ cette nuit. Je vais me rattraper s’il est permis comme on dit de correspondre.
Toujours à toi, et cette fois bien libre et encouragé à te le dire l’âme a ses ailes. Je t’embrasse et je vous embrasse tous les trois.
J’écris aux enfants.
Ta fidèle
Marthe
Post-scriptum
Je n’ai pas donné entièrement le motif de notre voyage à Holzminden tant je profitais surtout : il m’est demandé de la compléter.
Nous venons de recevoir l’avis que nous étions considérées maintenant comme prisonnières et non comme otages, et que notre séjour illimité était fixée par l’attitude du gouvernement dans la question Alsacienne-Lorraine.

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