Marthe DEVIN 10/26

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6 novembre 1917 :
A 11h Hélène Pirsche accourt, elle m’apporte la photographie de mon Paul entre nos deux filles, et maman, Claire, Papa Devin et maman Clara. A demain mes impressions. Aujourd’hui, je vais uniquement vous regarder, et te regarder … Paul.

18 novembre 1917 :
A Paris, la chambre a renversé le ministère Painlevé, le vieux Clémenceau lui succède. La Frankfurt fait critique « allemande » du nouveau ministère et de son Président. Que de complications, mon Dieu, avec la guerre civile en Russie et les défaites italiennes. Il semble que le terme de la guerre se recule journellement …

1er décembre 1917 :
Les journaux ont publié le discours d’entrée du nouveau Chancelier au Reichstag, G. Hertling, annonçant les offres de Paix de la Russie … C’est le beau coup d’entrée, comme Michaelis avait servi la divulgation de l’entente entre le Tzar et Poincarré et Briand pour l’annexion de la Rive gauche du Rhin, qui causa la chute de Painlevé et de son ministère.

6 décembre 1917 :
J’ai porté à l’orphelinat protestant 1kg de ma belle farine et des pâtes de pommes, pour que les orphelines fêtent la St-Nicolas. J’ai été accueillie par un bébé qui, m’apercevant, est venu m’embrasser …
A 2h, j’ai été à la distribution de vêtements aux enfants de l’école maternelle du Fond de Givonne. Comme les galettes ont fait des heureux !… et les jouets à 2 sous …J’ai passé là une bonne heure. Le dévouement des humbles maîtresses communales est grand. Elles font silencieusement beaucoup de bien, et ces femmes simples trouvent le moyen de raccommoder les tabliers, les vêtements des enfants malheureux, et d’exercer un apostolat ignoré, sûrement, des professeurs de notre collège. Et elles ne se plaignent pas.
En partant, Mme Tricin venait de dire : « Surtout, n’oubliez pas de remercier St-Nicolas ».
Un bambin dit à un autre : « Où est-il, St-Nicolas ».
« Ben, le voilà », répond l’interrogé en me montrant du doigt. Alors la bande s’est précipitée, à qui me prendrait la main.

19 décembre 1917 :
Ce matin, j’ai pris ma leçon d’allemand après avoir vaqué à mes occupations, allumé mes 3 feux, déjeuné et lavé ma vaisselle d’hier et balayé la cuisine. Maria, l’ancienne cuisinière de l’ambulance Marie-Fance est arrivée à la fin de la leçon, en larmes, m’apportant une lettre qui lui apprenait la mort de son mari, tué à Messin. C’est toujours, et toujours, le deuil, la douleur, les larmes !

28 décembre 1917 :
Tempête de neige avec bise du nord glaciale.
J’ai passé une nuit de cauchemars. A 1h j’allais me mettre à repriser l’ancienne robe-princesse de maman, quand Mr Laroche m’a croisée, il était affairé et m’a lu l’ordre de la commandature et l’ordre de la mairie : Le balayage de la neige, par les habitants devant leurs maisons, et par les enfants des écoles, dirigés par leurs professeurs, sur les places, ponts, et devant les établissements et immeubles occupés par les allemands.

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