Paul DEVIN 22/26

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décembre 1914

Dimanche 6 décembre, nous avons encore une messe à Bezonvaux, par un artilleur. En sortant de mon logement, j’entends deux obus passer au-dessus de ma tête; ils éclatent en l’air et vont tomber à cent mètres. L’après-midi j’ai fait une délicieuse promenade avec le docteur; je sors toujours de façon à connaître à fond les bois qui nous entourent. Tout à coup le vent nous apporte le son des cloches de Verdun. Il y a si longtemps que nous n’avons entendu de cloches que nous nous arrêtons pour les écouter jusqu’au bout; cela nous vaut le plus beau concert possible. A 4 heures nous rentrons à mon logement où le cuisinier nous fait des gaufres : on dirait que c’est fête. Le soir nous avons de la pluie.

7 décembre 1914

Lundi grand vent et pluie, je plains les hommes qui sont dans l’eau au bois de Maucourt.

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Télégraphe du 7 décembre 1914 à 19h05 :

Général commandant 1er secteur à Commandant Devin 3e bataillon 46 territorial

Dans le travail dont est chargé son Bataillon au plateau des Caurières, le Commandant Devin devra pousser plus particulièrement la confection des réseaux lesquels doivent constamment suivre les tranchées qui sans eux sont a peu près sans valeur. Le Ct Devin me rendra compte des besoins en piqués, fil de fer etc. Pour son installation de façon a assurer le constant approvisionnement de ce chantier.

8 décembre 1914

Mardi, continuation du mauvais temps. En vue d’une attaque possible des jumelles d’Ornes, à laquelle je coopérerai, je vais à pied visiter l’ouvrage d’Ornes qui se trouve à la cote 242, entre le village et le bois; il y a là quelques tranchées avec un réseau de fil de fer, mais il y a de l’eau dans les tranchées. Après les avoir reconnues entièrement, je vais au bois de Maucourt où il y a de la boue jusqu’à la cheville et même au-dessus et de l’eau dans les abris; c’est un vrai marécage; la compagnie qui s’y trouve n’est pas à son aise.

9 décembre 1914

Mercredi après le déjeuner je suis sorti à cheval pour aller à Dieppe, où se trouve la 11e Cie, je vois les cantonnements et le Capitaine Sarcelet qui est bien logé. De là je vais au bois du Grand Chena, où je visite dans sa cagna le commandant des avant-postes qui est là depuis plusieurs mois. Nous avons des troupes campées dans ce bois. Le commandant m’accompagne jusqu’au village de Maucourt, où se trouve actuellement ma 12 e compagnie. Maucourt est un village qui comptait 150 habitants, il est presque entièrement détruit, une rue entière est brûlée; l’église est démolie, le presbytère est éventré, les livres y sont dispersés.

Je donne des ordres et je fais exécuter devant moi des batteries de fusil près de l’église, afin de pouvoir tirer la nuit en cas d’attaque; j’en fait établir également près de l’emplacement des mitrailleuses, à la sortie du village.

Maucourt était beaucoup mieux que Bezonvaux, comme village. Dans le jardin qui précède la maison où est logé le Lieutenant Dargent, il y a de belles touffes de roses de Noël et j’en cueille un bouquet que je reporte pour mettre dans ma chambre. Pour regagner Bezonvaux je passe par le bois de Maucourt et pour y aller je suis, à cheval, la route sans penser que les allemands peuvent me tirer dessus.

10 décembre 1914

Jeudi j’emmène le Capitaine Boutteville visiter l’ouvrage de la cote 242 que j’occuperai avec une compagnie, pendant qu’une autre occupera le bois de Maucourt lors de l’attaque des jumelles d’Ornes. Nous reconnaissons le cheminement le meilleur pour y arriver, l’endroit où je masserai la compagnie à l’abri, près du remblai du petit chemin de fer, les positions à occuper par les différentes sections, cela nous demande l’après-midi.

11 décembre 1914

Vendredi je fais la même opération avec le Capitaine Herlem, car je ne puis savoir d’avance quel est celui qui occupera cette position, car la compagnie qui tiendra les avant-postes le jour de l’attaque restera au bois de Maucourt.

L’adjudant de bataillon continue à nous approvisionner de bois qu’il va chercher dans les coupes.

12 décembre 1914

Samedi, journée de pluie, le bois de Maucourt est inabordable, et cependant il faut y rester.

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