Paul DEVIN 21/26

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29 novembre 1914

Dimanche nous avons une messe dite par un artilleur; il fait une journée brumeuse.

30 novembre 1914

Lundi 30 novembre la 9e Cie prend le soir les avant-postes au bois de Maucourt. On ne peut effectuer en groupe le trajet que lorsqu’il ne fait plus clair, autrement on risquerait de recevoir des obus. Le Lieutenant Gouffier est venu déjeuner avec nous. L’après-midi je suis allé à Ornes; il a fait une belle journée et je vais faire visiter le bois de Maucourt aux officiers de la 10e Cie qui doit relever le lendemain la 9e Cie, car il est utile de connaître d’avance le terrain.

1er décembre 1914

Mardi le ciel était tout rouge le matin à 7 heures, c’était superbe ; le soir il a plu. La 10e Cie est partie le soir par la pluie pour prendre les avant-postes au bois de Maucourt.

icones-courriers(N.D.L.R. : Extrait d’une lettre de Paul DEVIN adressé à ses parents en date du 1er décembre : « … on nous considère comme capables de remplir notre rôle comme les autres troupes de marche. Je dis aux hommes qu’ils peuvent en être fiers, pendant que les deux autres bataillons sont à Troyes et à Épernay. »)

2 décembre 1914

Mercredi il a fait une journée assez belle. Des obus tombent à peu de distance de Bezonvaux, dont plusieurs à la ferme de Murancourt. Pendant que nous déjeunons il en tombe un à une centaine de mètres, nous allons voir après la fusée et les éclats.

Après-midi, je vais au bois de Maucourt pour voir la 10e Cie. Pendant que je faisais la tournée avec le Capitaine Herlem, sur la lisière Est du bois, nous voyons deux hommes descendre du village de Maucourt, suivis à quelque distance de trois autres. Ils se dirigent vers le Moulin, qui se trouve à environ 600 mètres de nous.

L’homme de tête entre dans le jardin du Moulin et contourne les bâtiments de notre côté ; le panneau du haut de la porte est enlevé, sans doute pour voir de l’intérieur. L’homme revient sur le devant après avoir hésité; nous suivons tous ses mouvements à la jumelle. Tout à coup nous entendons des coups de feu, un homme tombe immobile, deux autres sont blessés et se sauvent, remontant vers le village : nous voyons qu’un d’eux à la figure en sang. Nous sommes spectateurs sans pouvoir rien faire, car le Moulin est bien occupé par les allemands, mais nous ne voyons personne.

Quelque temps après nous voyons un homme sortir de Maucourt avec le drapeau de la Croix-Rouge au bout d’une perche, il est suivi de deux autres portant un brancard. Ils se dirigent vers le Moulin. Nous les suivons des yeux avec angoisse, nous demandant ce qui va se passer: les allemands vont-ils tirer? Les brancardiers arrivent auprès de l’homme tué, le mettent sur le brancard et reprennent le chemin du village. Il faut du courage pour remplir cette mission.

3 décembre 1914

Jeudi il fait une journée passable; les allemands tirent de notre côté avec de la grosse artillerie; je fais de la correspondance et du travail de bureau.

4 décembre 1914

Vendredi je reçois l’ordre de faire quitter Ornes par les 10e et 11e Cies, la 10e viendra cantonner le soir à Bezonvaux et la 11e ira cantonner à Dieppe. Cela m’oblige à prendre des mesures pour le ravitaillement de ces compagnies, car pour aller à Ornes les voitures passaient par Bras et Louvemont en partant de Fleury, tandis que maintenant elles doivent passer par Vaux, c’est-à-dire par le côté opposé. Tout s’exécute ponctuellement. L’artillerie donne beaucoup des deux côtés; on dirait que quelque chose se prépare et je renvoie par précaution une de mes cantines à Sauville.

5 décembre 1914

Samedi j’envoie le soir la 12e Cie cantonner à Dieppe, où se trouve déjà la 11e, elle s’y rend en sortant des avant-postes. Nous devons maintenant prendre les avant-postes à Maucourt et au bois de Maucourt; les 11e et 12e Cies se relèveront réciproquement au village, les 9e et 10e au bois, qui est le poste le plus pénible.

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