Paul DEVIN 18/26

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novembre 1914

Le dimanche 8 novembre à minuit le Bataillon est rassemblé et part une demi-heure après pour le plateau des Caurières.

Une compagnie et demie est campée sous la tente à la cote 378, une demi-compagnie est à la ferme des Chambrettes, une compagnie au bois le Chaume, et une compagnie au bois des Caurières. Il faut s’installer dans la nuit.

J’ai une petite hutte avec un lit de camp fait en branchages et couvert de paille, dans un angle, une petite cheminée en terre ; pas de siège, on s’assied sur le lit. J’ai juste la place pour mettre mes cantines et j’ai un plat de campement pour me débarbouiller ; j’ai une petite fenêtre fine pour éclairer dans le jour ma cagna, qui ne me déplaît pas.

Une autre hutte sert pour notre cuisine qui est en même temps notre salle à manger.

Je circule toute la journée sur les positions. On est en train de faire trois lignes de tranchées sur le plateau des Caurières et les compagnies travaillent de nuit, de 18 h à 4 h, c’est dur! On ne peut travailler de jour car le plateau est sous les vues des jumelles d’Ornes, qui sont occupées par l’ennemi et se trouvent à deux kilomètres ; dès qu’on se montre un obus arrive. De notre côté nous avons aussi des batteries mais on ne voit jamais un allemand, car l’ennemi travaille aussi de nuit.

Je sors de ma hutte de 23 h jusqu’à 3 h du matin afin d’aller voir mes travailleurs et qu’ils sachent que je veille aussi. Journée et deux nuits de marche, mon adjudant de bataillon est étonné de ma résistance, il n’en ferait pas autant. J’ai grand appétit. Mon cheval est à la ferme des chambrettes, je ne m’en sers pas en ce moment.

9 novembre 1914

Lundi je suis allé à Bezonvaux voir le Colonel. Il faisait un fort brouillard et j’ai pu visiter les tranchées avancées sans être vu des allemands. Je me repose un peu l’après-midi ; mon sac de couchage est bien utile, car il fait froid et je puis me déshabiller en partie.

10 novembre 1914

Pendant la nuit je suis dérangé quatre fois par des messages téléphonés qu’on m’apporte. Les 11e et 12e compagnies sont parties le soir pour la relève. Je me lève à 2 heures du matin pour placer mes compagnies dans les tranchées du plateau que nous occupons et je descends à Bezonvaux auprès du Colonel, qui est en permanence au téléphone, car les allemands ont fait une attaque de nuit et cernent deux villages après nous avoir pris le bois de Maucourt. Le 365e a repris ce bois. J’ai vu à Bezonvaux 15 prisonniers allemands qu’on vient d’amener.

11 novembre 1914

J’ai eu la chance de passer une nuit assez tranquille car je n’ai été dérangé que deux fois. Le matin il fait une bise glaciale et je cours pendant un quart d’heure pour me réchauffer. Je circule toute la journée dans les bois le Chaume et des Caurières, car il est nécessaire que je les connaisse bien.

12 novembre 1914

Jeudi la 9e Cie descend cantonner le soir à Bezonvaux; j’y vais également; les 10e et 11e Cies vont cantonner à Ornes et la 12e reste aux Chambrettes et à la cote 378.

Je suis assez bien logé dans une maison évacuée par ses habitants; j’ai une grande chambre avec un lit sans draps et je suis content d’avoir mon sac en toile où je me glisse le soir avec mon caleçon. Les trois officiers de la 9e Cie sont logés ensemble dans une chambre de la même maison. L’adjudant de bataillon est dans une petite pièce au grenier et mes deux plantons sont également au grenier. La maison est la dernière du village vers l’est.

Hécart et mon ordonnance sont logés avec les chevaux à côté de l’église. Bezonvaux est une petite commune de 150 habitants qui n’a pas encore de dégâts, ou du moins très peu.

Mon cycliste, le caporal Vilan, s’est perdu pendant la nuit et est tombé dans une tranchée. Il s’est fait une forte blessure au genou et a dû être envoyé à l’hôpital.

13 novembre 1914

Vendredi matin il y a 113 malades à la 9e Cie, par suite du surmenage occasionné par le travail de nuit.

L’après-midi je vais à Ornes pour visiter les deux Cies qui y sont cantonnées. C’est un beau village de plus de 800 habitants. Actuellement il n’en reste plus et les trois quarts des maisons sont détruites ou brûlées, car nous sommes au pied des jumelles d’Ornes. Je visite l’église qui a reçu plusieurs obus et qui est inutilisable ; j’y ramasse plusieurs balles et un morceau de la statue de Jeanne d’Arc.

Je reçois un paquet de lainages de st Denis.

14 novembre 1914

Samedi les compagnies n’ont pas envoyé d’hommes au travail de nuit en raison du mauvais temps : je suis obligé d’infliger 8 jours d’arrêts aux capitaines des 10e, 11e et 12e Cies, mais avec un motif atténué et plutôt honorable pour eux. Je parcours le plateau.

Le Lieutenant Gouffier, officier de détail, vient nous voir l’après-midi. Il est resté à Souville avec le train de combat et envoie chaque jour le ravitaillement à chaque compagnie, car, bien que rattaché au 365e, je continue à m’administrer moi-même et à être indépendant sous ce rapport.

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