Paul DEVIN 7/26

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23 août 1914

Je ne vois rien de particulier à signaler pour la journée du dimanche. Je me trompe, il y a quelque chose d’intéressant, car j’ai reçu une lettre de Marthe.

24 août 1914

Le 24 à midi, je reçois l’ordre de partir au premier coup de fusil pour occuper les tranchées ou être porté en avant avec mon Bataillon, car un combat est engagé à l’est. L’ordre de rentrer au cantonnement nous arrive à 21h30. Toute la journée nous avons entendu une violente canonnade. Dans la nuit je reçois de nouveaux ordres, nous devons partir le 25 à 4 h pour nous rendre au fort de Rozellier.

25 août 1914

Une compagnie travaille aux ouvrages des Réunis, car il y a beaucoup à faire pour les remettre en état. Deux autres compagnies sont en réserve, prêtes à partir en avant. La journée se passe ainsi, et la nuit venue, nous couchons sur le terrain.

A 22h30 arrive l’ordre d’aller camper sous les tentes qui se trouvent dans le bois de la Béholle et dont une partie est déjà occupée par des troupes du 44e et du 15e territorial. Il fait nuit et ce n’est pas facile de se caser. Une partie se met près du 15e, mais à 1h1/2 les fractions du 15e rentrent et il faut évacuer les tentes pour en chercher d’autres. J’admire les hommes qui font cette opération sans murmurer et avec ordre. Il est vrai que je suis avec eux et que je déménage aussi. Ce n’est pas facile de faire ces changements pendant la nuit.

Nous avons entendu une forte canonnade toute la journée.

26 août 1914

Le lendemain nous occupons les mêmes positions, car tout danger n’est pas écarté. Comme la veille, une compagnie travaille aux Réunis, qui est une redoute en terre avec des abris en mauvais état, les deux autres sont en réserve. J’envoie deux fortes patrouilles pour nous couvrir assez loin en avant: l’une d’elles suit la tranchée de Calonne.

Pour aller aux Réunis en partant du bois de la Béholle, il faut descendre dans un ravin où un ruisseau prend sa source; il s’y trouve une petite ferme avec une fontaine, où il faut aller chercher l’eau potable. On remonte ensuite l’autre pente et un chemin bordé de haies conduit à l’ouvrage où nous travaillons. Le déjeuner arrive tard, vers 2 h, car nos cuisiniers sont restés à Haudainville et le repas est apporté en voiture. Nous nous installons à l’abri de la haie pour manger.

Dans l’après-midi arrive l’ordre de regagner le cantonnement après le travail, cet ordre est bien accueilli. Nous rentrons par la pluie, mais au moins nous allons être à l’abri. J’ai visité dans la journée le fort du Rozellier, qui est commandé par le Capitaine Livernaux, et qui commande la route de Metz; il est plus important que celui d’Haudainville.

27 août 1914

Je passe la journée du 27 au cantonnement, où j’ai de l’occupation, (…). Il a passé beaucoup de troupes dans la nuit et dans la journée; elles se dirigent vers St Mihiel.

A 6h30 un de mes hommes, un ancien légionnaire, a une crise de folie furieuse. Je vais le voir au poste où il est déjà un peu calmé et j’arrive à le décider à partir pour l’hôpital de Verdun dans un autobus qui passe à vide et dont je profite pour l’expédier sous la conduite d’un de ses camarades.

Le soir à 21h30 on entend des coups de fusil et tout le cantonnement est en alerte; je crois d’abord que cela vient d’un de mes petits postes, mais cela s’est passé de l’autre côté de la Meuse ; c’était une fausse alerte.

28 août 1914

Le 28 le Maire reçoit un avis pressant de faire évacuer les femmes et les enfants d’Haudainville : les habitants seront conduits à Sens, où ils seront nourris et logés. Cet avis jette la consternation.

Quelle chose pénible que de voir l’exode des habitants de la Meuse, obligés de quitter précipitamment leur village à l’approche des allemands. Il passe des charrettes sur lesquelles sont empilées de la literie, quelques meubles, des femmes, des enfants, des vieillards. Tout ce monde est triste et je ne connais rien de plus navrant que ce défilé. Beaucoup veulent rester là, j’en fais loger quelques-uns dans des granges, mais le lendemain il faut repartir, car nous ne pouvons les conserver, l’ordre est formel.

On m’avise dans la journée que 3000 hommes viendront cantonner ici la nuit suivante; il faut s’occuper de répartir les arrivants dans les parties libres du village. J’essaye un cheval de dragons abandonné, qui a bonne mine, mais il boîte un peu et je ne peux le garder.

29 août 1914

Le 29 nous voyons passer un convoi de prisonniers allemands qui se dirige sur Verdun. Nos hommes les regardent en silence.

Deux régiments et le quartier général de la 65e division viennent cantonner à Haudainville. Je donne ma chambre au général et la nièce du curé me donne la sienne, mais ce n’est pas pour bien longtemps, car à 10 h du soir je reçois l’ordre d’occuper les Réunis à 2 h du matin. Naturellement c’est une nuit blanche car il me faut donner les ordres nécessaires.

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