Paul DEVIN 4/26

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6 août 1914

Le lendemain de notre arrivée, le 6 août, je visite les cantonnements de mes compagnies, qui achèvent leur organisation. C’est un peu serré mais cela ira et nous n’avons pas à nous plaindre. Nous installons notre popote dans le logement du Capitaine Boutteville; nous sommes six à table, l’emplacement n’est pas attrayant et nous avons un cuisinier qui a l’air un peu apache. Je reçois le commandement du sous-secteur d’Haudainville, qui va depuis la Meuse, rive droite, jusqu’à la maison forestière qui se trouve au sud du bois de la Béholle, ce qui représente un front d’environ 4 kilomètres en ligne droite, mais en réalité un peu plus en suivant la ligne de défenses, qui comprend la batterie de l’Ollier, le fort d’Haudainville et l’ouvrage St Symphorien. J’ai noté chaque jour sur mon carnet, en quelques mots, ce qui intéressait le Bataillon, et ces notes vont me servir à rappeler mes souvenirs.

7 août 1914

Le 7 août je suis avisé de bonne heure qu’un homme s’est suicidé dans la nuit au fort d’Haudainville. Je monte au fort pour faire l’enquête ; cet homme était de faction à l’entrée du fort et s’est tiré une balle dans la tête ; il s’agit d’un esprit faible qui n’a pu se faire à l’idée de la guerre et à la séparation des siens. Les compagnies sont employées à la mise en état des travaux de défense ; il y a beaucoup à faire, abattre les taillis en avant du front et creuser des tranchées. Il tombe une forte pluie et le travail est pénible. Je retourne sur les travaux l’après-midi. La montée est assez raide pour aller au fort, qui se trouve à environ 130 m au-dessus de la Meuse. Tout s’organise et marche.

8 août 1914

Le lendemain, rien de particulier, les hommes partent à 5h30 pour la continuation des travaux. Je suis enroué à la suite de la pluie de la veille, car les pieds étaient restés dans l’humidité une partie de la journée. J’ai vu le Général commandant le secteur dont je dépends, car je ne relève que de lui, son poste est au fort de Belrupt, c’est le Général Cobone, qui sort du génie.

9 août 1914

Le 9 la section mobile de mitrailleuses du Bataillon est dissoute, le matériel et les chevaux sont versés au 160e, qui est régiment de marche. C’est une grande déception pour les hommes et pour le Lieutenant Hécart qui avait pris sa tâche à cœur. Autre déception: à 17h30 je reçois l’ordre d’évacuer le cantonnement, à cause des troupes de passage, auxquelles nous devons faire place. Seule la Cie du fort reste. Je pars avec les trois autres compagnies à 19 h pour Verdun et nous arrivons à la caserne Miribel où nous devons loger à 21h15. Il fait nuit, nous avons du mal à caser nos hommes dans des locaux resserrés. Ils ont mangé avant de partir, mais nous autres, les officiers, nous n’avons pas eu le temps de le faire. Nous dînons sommairement à la cantine à 22 h. Je puis ensuite trouver un lit dans une chambre de sous-officier, mais je ne puis dormir.

10 août 1914

Je me lève à 3 h car le départ doit avoir lieu à 4h30 pour retourner sur nos travaux et il faut veiller à ce que les compagnies soient prêtes. Il en résulte une grande fatigue pour les hommes et je vois que cela ne pourra pas durer. Je rends compte de la situation au Général par écrit et j’obtiens l’autorisation de ne plus retourner à Verdun et de rester à Haudainville. Mais quand nous redescendons le soir au cantonnement, la place est prise et les hommes couchent dehors. Cela n’a rien de surprenant, mais les ordres sont donnés pour que nous retrouvions notre cantonnement le lendemain.

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